SPUL - Syndicat des professeurs et professeures de l'Université Laval

Automne 2016 – Numéro 57
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    COMMUNICATEUR CIVIQUE

    Le communicateur civique est un membre ordinaire du SPUL. Les informations qu’il communique dans ses chroniques ont pour but de favoriser la participation dynamique des membres à la vie démocratique du SPUL. Il rend compte des débats touchant les fonctions professorales à l’Université Laval et à l’extérieur. Il exprime également les préoccupations des professeures et professeurs en lien avec leurs activités professionnelles.

    Le communicateur civique remplit ces objectifs et exerce sa fonction à titre de professeur, membre du SPUL. Les opinions exprimées dans cette page sont les siennes ou celles de leur auteur.

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    Message du communicateur civique

    Vous avez un aspect original et novateur à faire connaître de votre année d’étude et de recherche (AÉR), signalez-le moi par courriel. Je le mettrai en valeur dans cette chronique.

    Jacques Rivet >>>


    Automne 2016 – Numéro 57

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    Conseil universitaire du 1er novembre 2016

    DÉCLARATION SOLENNELLE DU RECTEUR DENIS BRIÈRE À PROPOS DES AGRESSIONS SEXUELLES RÉCENTES

    Dès le début de la séance du CU, le recteur Denis Brière a fait une déclaration solennelle concernant les agressions sexuelles ayant eu lieu sur le campus ces dernières semaines. C’est à la suite d’une question écrite déposée par la professeur Florence Piron (Lettres et sciences humaines) qu’il a réaffirmé « notre engagement indéfectible à soutenir les victimes, à les défendre et à tout mettre en œuvre afin de combattre toutes les formes de violences sexuelles en milieu universitaire. » Revenant sur ces gestes inacceptables, il a reconnu tenir compte des nombreux commentaires adressés à l’Université Laval au cours des dernier jours. Et de rappeler son engagement à modifier les protocoles de sécurité mis en place. « Je me suis déjà engagé, devant tous les médias du Québec, devant le grand public, les collègues, et surtout auprès des femmes et de nos résidentes », a-t-il souligné. Par ailleurs, Denis Brière a indiqué que son administration enclenchait dès maintenant un dialogue avec les résidentes et les résidents concernant l’équilibre « tant souhaité » entre la sécurité et la qualité de vie sur le campus. Et de préciser que « ce volet sécuritaire ne saurait toutefois détourner notre attention du véritable enjeu : la lutte aux agressions sexuelles dans notre société. » Il est déterminé à ce que l’Université Laval soit une partie prenante incontournable dans ce débat essentiel. « Nous y contribuerons au fil de la recherche pour documenter ce problème social criant qui dépasse largement les frontières de notre campus, a-t-il conclu.

    Évaluation périodique de programmes

    Les membres du Conseil universitaire ont étudié les rapports d’évaluation périodique de programmes que lui a soumis le Comité institutionnel d’évaluation des programmes (CIEP) de la Commission des études. Il s’agit du rapport respectif des programmes suivants : le baccalauréat en bio-informatique, le baccalauréat, la maîtrise et le doctorat en anthropologie, le baccalauréat en sciences de la consommation. Le Comité institutionnel a fait plusieurs recommandations et suggestions les concernant, lesquelles ont été prises en considération par les doyens des facultés auxquelles appartiennent ces programmes.

    Le professeur André Darveau, doyen de la Faculté des sciences et de génie, a annoncé qu’un nouveau professeur ayant une expertise en traitement de données massives est entré en fonction à l’été 2016 au Département d’informatique et de génie logiciel. Il souligne que ce dernier va contribuer à améliorer la formation en gestion et en analyse des données massives comme le recommande le rapport sur le baccalauréat en bio-informatique. La professeure Nadia Tawbi (Sciences et génie) déplore que la mention de plusieurs concentrations n’apparaît pas sur les diplômes ; ce qui, à son avis, est un facteur qui détourne bon nombre d’étudiantes et étudiants de s’y inscrire.

    Pour répondre à la recommandation du CIEP quant aux efforts en vue de bien informer les étudiantes et étudiants en anthropologie des perspectives d’emploi dans le domaine, le doyen François Gélineau, professeur à Faculté des sciences sociales, indique que le site web du Département d’anthropologie sera mis à jour à la rubrique « Des emplois pour des anthropologues » en présentant des exemples d’emplois occupés par de récents diplômées et diplômés aux trois cycles d’étude. Un lien sera également créé avec le site de l’Association des anthropologues du Québec. La professeure Florence Piron souhaite que le département dans lequel elle a elle-même étudié participe d’une manière plus active à la lutte contre le racisme et les préjugés sociaux en rayonnant davantage sur le campus et dans la région à cette fin.

    Le professeur Jean-Claude Dufour, doyen de la Faculté des sciences de l’agriculture et de l’alimentation, affirme d’abord sa fierté d’être un « professeur à demi temps » très actif au programme de baccalauréat en sciences de la consommation. Puis il reconnaît que le programme doit mieux s’ajuster aux nouvelles pratiques professionnelles en consommation comme, par exemple, l’e-commerce et le webmarketing. Il est cependant d’avis que les ressources budgétaires de sa faculté ne permettent pas actuellement d’intégrer toutes les nouvelles pratiques. Il exprime le vœu qu’« à partir de 2017, certaines pratiques nouvelles pourront être graduellement intégrées au programme de baccalauréat en consommation » en espérant que des ressources additionnelles d’enseignement s’y ajoutent en fonction l’évolution des admissions et des inscriptions étudiantes.

    EN BREF

    • Le CIEP juge que le nouveau programme en pédagogie universitaire des sciences de la santé répond à des besoins importants de formation de cliniciens-éducateurs. Ce programme conduisant au Diplôme d’études supérieures spécialisées en pédagogie universitaire des sciences de la santé sera implanté à la session d’automne 2017;
    • L’Ombudsman a remis son rapport 2015-2016 dans lequel, la titulaire, Madame Hélène Richard entrée en fonction le 14 octobre 2015, recommande que le règlement disciplinaire concernant les étudiantes et étudiants soit « distribué à l’ensemble des membres de la communauté universitaire. »;
    • Le rapport annuel 2015-2016 de la Commission des études stipule qu’elle a entrepris un nouveau mandat sur l’avenir de la formation et de la recherche à l’Université Laval dans un horizon de 15 à 20 ans;
    • Le rapport annuel 2015-2016 de la Commission de la recherche propose une réflexion sur les défis que les chercheures et chercheurs universitaires auront à relever au cours des prochaines années. « Les institutions universitaires devront tenter un rapprochement avec les citoyens, partager les résultats de leurs recherches, […] et faire en sorte d’occuper une place prépondérante dans la validation des connaissances », anticipe le rapport;
    • Le programme de maîtrise en pharmacothérapie avancée a été modifié et le nombre de ses crédits augmenté afin que sa composition retenue de 60 crédits favorise l’intégration des étudiantes et étudiants et le maintien de la qualité de leur encadrement.

    Jacques Rivet, cc

     


    Appel à la lecture d’une oeuvre classique!
    Année d’étude et de recherche

    La professeure Natacha Gagné, département d’anthropologie

    Mon AÉR fut pour moi une extraordinaire occasion pour réaliser des séjours prolongés sur le terrain en Polynésie française et en Nouvelle-Zélande dans le cadre de deux projets de recherche que je mène sur les processus de décolonisation et les legs coloniaux dans la justice. Elle me permit également d’accepter une invitation que j’aurais dû décliner autrement par manque de temps, soit celle de signer la présentation d’un texte classique de l’anthropologie, L’Essai sur la nature et la fonction du sacrifice d’Henri Hubert et Marcel Mauss aux Presses universitaires de France (PUF), dans une série consacrée à la réédition de l’œuvre complète de Mauss. Ce texte parut pour la première fois en 1899 dans la revue L’Année sociologique.

    L’écriture de cette présentation m’a demandé un travail de recherche beaucoup plus important qu’anticipé au départ. Cette aventure, qui m’entraîna sur des avenues nouvelles de recherche, m’a permis d’une façon inespérée de me familiariser avec les études sur le sacrifice, notamment du point de vue de l’Océanie, de faire une synthèse de la réception du texte et plus largement de l’œuvre d’Hubert et de Mauss et de raffiner ma compréhension de leur contribution à l’anthropologie et à la sociologie religieuse. Ces approfondissements contribuent à nourrir mon enseignement, mais ils m’ont également ouvert de nouvelles pistes analytiques en me permettant d’élargir ma réflexion sur la signification religieuse et politique du sacrifice aujourd’hui en Polynésie.

    Le thème du sacrifice

    On peut admettre facilement que le thème du sacrifice a toujours été un objet de fascination. L’attrait fut particulièrement grand, tout en étant teinté de dégoût, quand il s’agissait de sacrifices humains. En fait, depuis le XVIe siècle, les Occidentaux n’ont eu de cesse d’éprouver cette fascination pour ce rituel pourtant depuis longtemps disparu dans leur société. Elle fut une des grandes obsessions de la modernité tant parmi les théologiens, les philosophes et autres penseurs de la religion et de la société, que dans la littérature, le théâtre, l’opéra et, plus tard, au cinéma. Mais pourquoi lire aujourd’hui ce texte d’Hubert et Mauss qui date de la toute fin du XIXe siècle ?

    hubert-mauss-2016

    L’Essai sur la nature et la fonction du sacrifice est fondateur à plusieurs égards. La question de la méthode y est fondamentale et vaut, même à elle seule, qu’on s’intéresse à ce texte. Hubert et Mauss y mettent en effet en œuvre les principes qui se trouvent au fondement de l’ensemble de leur œuvre et de celle de l’École durkheimienne. En conformité avec Les règles de la méthode sociologique publiées quelques années plus tôt, en 1894, par le père de la sociologie française et oncle de Marcel Mauss, Émile Durkheim, ils commencent d’abord par définir le fait social qui sera au cœur de l’analyse. Comme l’indiquent Hubert et Mauss, « [c]ette définition ne délimite pas seulement l’objet de notre recherche, elle nous fixe sur un point fort important : elle suppose, en effet, l’unité générique des sacrifices » (p. 58).

    Cette idée fait toute l’originalité de l’essai de 1899 à son époque, mais également sa pertinence encore aujourd’hui. Elle repose en effet sur le postulat de l’unité du genre humain, ce qui permet d’étudier les variations de ce fait social selon les contextes. C’est pourquoi Hubert et Mauss considèrent ensemble cérémonies du sacrifice chrétien et hébraïque et cérémonies antiques et védiques et s’intéressent à toutes les formes de sacrifices rituels, qu’ils soient « sanglants » (animaux, humains) ou végétaux plutôt que d’entrer dans des déductions généalogiques spéculatives afin d’établir l’antériorité d’une forme sur une autre, ce qui était plutôt en vogue à leur époque. En cela, les deux jeunes chercheurs firent preuve d’une grande autonomie de pensée. Hubert et Mauss, qui n’avaient en effet que 27 ans au moment de la parution de leur texte, ne peuvent d’ailleurs que forcer l’admiration et être source d’émulation pour nos étudiantes et étudiants et même pour nous, chercheurs, tant l’étendue de leur érudition est impressionnante.

    Les rituels

    Pour leur investigation, Hubert et Mauss choisissent ensuite des matériaux ciblés, conscients qu’ils ne peuvent pas tout faire dans le laps de temps dont ils disposent et qu’une étude exhaustive est par ailleurs impossible, la variété des faits étant trop grande. Ils décident donc d’appliquer leur méthode à des matériaux écrits qui leur sont déjà familiers, notamment les rituels sacrificiels védiques et hébreux, auxquels se greffent des éléments des rituels grecs, latins et chrétiens. C’est sur la base de ces matériaux qu’ils dégagent, grâce à leur démarche dont la rigueur et la minutie fut à plusieurs reprises soulignée, le schème général ou type idéal du sacrifice qui comprend divers acteurs, éléments et effets identifiés avec précision dans l’Essai. Puisque, selon Hubert et Mauss, « [l]e sacrifice est un acte religieux qui ne peut s’accomplir que dans un milieu religieux et par l’intermédiaire d’agents essentiellement religieux » (p. 66), le rituel devra également comprendre au moins trois moments. Le premier est constitué des rites d’entrée qui introduiront les acteurs dans le monde sacré et les doteront, tout comme les lieux et instruments, du degré de sacralité approprié à l’objet du sacrifice. Le second comprend le sacrifice lui-même ou drame qui débute avec l’entrée en scène de la victime. Le troisième est composé des rites de sortie qui servent à dissoudre le caractère sacré de tous ceux qui ont participé au rituel lequel les isole du monde profane et les purifie des fautes commises au cours de la cérémonie, fautes que le sacrifice avait pour but d’effacer avant la réinsertion dans la vie commune.

    L’idée force chez Hubert et Mauss est « l’action rayonnante du sacrifice » (p. 54). Le rituel sacrificiel a ainsi pour effet de transformer celui ou ceux qui font « les frais de la cérémonie », ce qui inclut ce qu’on appellerait aujourd’hui le public : « Le fidèle (…) n’est pas, à la fin de l’opération, ce qu’il était au commencement » (p. 53). Ainsi, le rituel sacrificiel a pour fonction générale de renouveler la collectivité : « l’acte d’abnégation qui est impliqué dans tout sacrifice, en rappelant fréquemment aux consciences particulières la présence des forces collectives, entretient précisément leur existence idéale » (p. 173).

    La démarche, qui consiste dans un premier temps à dénuder les faits sociaux de leurs traits contingents, conduit ensuite les auteurs, dans une seconde partie du livre, à se ré-intéresser à la contingence et à la diversité des formes. Le schème général chez Hubert et Mauss peut donc être vu comme un outil heuristique pour la recherche comparative. Il se veut une construction théorique temporaire qui est à confronter aux faits ethnographiques.

    Un texte fondateur

    On trouve donc dans L’Essai sur la nature et la fonction du sacrifice un véritable programme de recherche scientifique et comparatif pour un ensemble de faits sociaux, qu’ils soient de nature religieuse ou non. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles la lecture ou la relecture de cet essai paraît aussi essentielle aujourd’hui qu’hier. Sur le comparatisme en sociologie et en anthropologie, le texte est riche d’enseignements et il marque une étape importante dans l’élaboration de cette méthode. Sur le thème précis du sacrifice, il permet de formuler toute une série de questions pertinentes qui peuvent nourrir encore aujourd’hui la recherche sur des terrains particuliers. Si tous ne sont évidemment pas d’accord avec l’approche générale d’Hubert et Mauss et la définition qu’ils donnent du sacrifice, la plupart des auteurs s’intéressant à ce thème ne peuvent pourtant s’empêcher de s’y référer. Même brièvement et même quand il s’agit de la critiquer ou de s’en écarter. Ce constat me fait dire de façon relativement confiante qu’à propos du sacrifice, du moins du point de vue de l’anthropologie et des sciences sociales, il y eut un avant et un après l’essai d’Hubert et de Mauss. Cela en fait un texte fondateur et, par là même, classique. Sont esquissées dans l’Essai sur la nature et la fonction du sacrifice quelques-unes des questions fondamentales dans l’étude des phénomènes religieux et plus largement de l’anthropologie et de la sociologie, notamment celle de la place de la comparaison et de la généralisation dans l’analyse, mais également celle du rapport entre approches théorique et empirique.

    En ce retour d’AÉR, alors que le livre vient tout juste d’arriver sur les tablettes de nos librairies, je lance donc une invitation à la lecture de ce texte classique !

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