SPUL - Syndicat des professeurs et professeures de l'Université Laval

Hiver 2016 – Numéro 53
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    COMMUNICATEUR CIVIQUE

    Le communicateur civique est un membre ordinaire du SPUL. Les informations qu’il communique dans ses chroniques ont pour but de favoriser la participation dynamique des membres à la vie démocratique du SPUL. Il rend compte des débats touchant les fonctions professorales à l’Université Laval et à l’extérieur. Il exprime également les préoccupations des professeures et professeurs en lien avec leurs activités professionnelles.

    Le communicateur civique remplit ces objectifs et exerce sa fonction à titre de professeur, membre du SPUL. Les opinions exprimées dans cette page sont les siennes ou celles de leur auteur.

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    Message du communicateur civique

    Vous avez un aspect original et novateur à faire connaître de votre année d’étude et de recherche (AÉR), signalez-le moi par courriel. Je le mettrai en valeur dans cette chronique.

    Jacques Rivet >>>


    Hiver 2016 – Numéro 53

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    Conseil universitaire du 5 avril 2016

    L’intervention de professeur.e.s dynamise la discussion à propos de l’Avis sur la formation interdisciplinaire à l’Université

    D’entrée de jeu, le professeur Claude Savard donne certaines informations sur l’Avis concernant la formation interdisciplinaire à l’Université en spécifiant que la Commission des études qu’il préside a consacré plus de deux années à élaborer le document. « On a consulté plus de cinquante personnes en plus des facultés et des associations étudiantes pour le produire », ajoute-t-il. Puis il affirme que « dans ce document, nous utilisons le terme « pluridisciplinaire » pour parler d’un enseignement qui réunit plusieurs disciplines et les juxtaposent, sans qu’il y ait nécessairement intégration ou synthèse des savoirs. » Et d’insister sur le fait que le document ne fait pas la promotion de l’interdisciplinarité au détriment de la discipline. À ce propos, l’Avis décrit l’enseignement interdisciplinaire comme « une démarche de synthèse et d’intégration des savoirs et des méthodes provenant de plusieurs disciplines. C’est d’une véritable interaction entre les disciplines dont il est question. Elle repose sur un travail de collaboration où des synthèses émergent et sont resituées dans un cadre plus large. »

    Dans une approche pour le moins audacieuse, le document suggère d’envisager la création de nouvelles unités départementales interdisciplinaires comme « un département en sciences de l’environnement, en études féministes et en étude sur le nord ». Et il reconnait que les instituts pourraient offrir des formations interdisciplinaires « puisque cela correspond très bien à leur mission ». Par contre, il souligne qu’à l’exception de l’Institut des Hautes études internationales, les instituts ne peuvent pas offrir des formations créditées. Évoquant les conditions favorables à une mise en place de l’interdisciplinarité, le professeur Claude Savard considère que les profils de sortie de programmes  doivent  imposer  des  liens  entre  les  disciplines,  qu’une  concertation  et  une  collaboration « indispensables » doit être établie entre les professeur.e.s et les chargé.e.s de cours qui offrent des cours de disciplines différentes. Enfin, prétend-il, « il faut des moments de discussion entre les professeur.e.s qui donnent ces cours-là ainsi qu’une démarche du co-enseignement. » L’Avis propose 12 recommandations dont la rédaction « a été un défi afin d’arriver à une synthèse de ses éléments principaux de manière assez habile », croit le président Savard en référant à une illustration graphique qui les déclinent visuellement à la fin du texte.

    Le professeur Louis Bélanger, directeur de l’Institut des Hautes études internationales (HEI), prend la parole pour exprimer ses déceptions à l’égard de l’Avis bien qu’il reconnaisse sa valeur, particulièrement quant au concept de « profil de sortie » qu’il contient. Il est d’opinion que le problème à l’Université n’est pas tant relié à l’interdisciplinarité mais bien à la question de l’émergence de nouveaux champs interdisciplinaires. Puis il fait part de « sa petite déception » de n’avoir pas été sur la liste des personnes consultées par la Commission des études. « L’Institut a été créé il y a vingt ans. C’est une organisation unique chez nous avec un mandat clair d’enseignement et de développement interdisciplinaires. » Et de suggérer que si son organisme avait été approché, « cela vous aurait permis d’en apprendre beaucoup sur le sujet en raison du fait qu’il est un laboratoire expérimenté dans le domaine de l’interdisciplinarité. » Puis il exprime « sa grande déception » concernant les propositions et les orientations contenues dans le document. Il les trouve « frileuses ». Il évoque alors la compétition que certaines universités canadiennes livrent à l’Université Laval dans le domaine interdisciplinaire comme dans d’autres domaines, compétition dont la Commission aurait dû tenir compte à son avis. En réplique, le président Savard estime que son organisme n’a pas ignoré le problème de cette compétition et il se réfère à certains passages du document pour en donner la preuve.

    Le professeur Pier-Luc Bilodeau (Sciences sociales) enchaîne en rappelant qu’il vient d’un département, les relations industrielles, « où de l’interdisciplinarité, on en fait depuis trois quarts de siècle ». Pour lui, l’Avis définit l’interdisciplinarité de façon très large. Il compare alors le département des relations industrielles avec celui de sociologie pour constater que l’interdisciplinarité se vit intensément dans le sien et d’une manière bien différente dans celui de sociologie. À ce propos, il souhaite connaître la position de la direction de l’Université Laval concernant le développement de l’interdisciplinarité dans les unités administratives constituées depuis bien longtemps comme son département. La professeure Nadia Tawbi félicite le président pour le travail de sa Commission et veut savoir si, dans le cas d’une  co-direction de thèse, par exemple, cette dernière a pensé à la question de la charge de travail et à la répartition des revenus pour les départements des professeur.e.s co-dirigeant.e.s. Claude Savard répond par l’affirmative sans donner plus d’information à ce sujet. Le professeur Marc-André Sirard (Agriculture et alimentation) remarque que la Commission des études n’a pas consulté le SPUL dans sa démarche de réflexion sur l’interdisciplinarité. Il demande si elle a une intention de le faire car « on voit que les propositions du document sont en lien direct avec des dispositions de la convention collective des professeur.e.s », constate-t-il. Le professeur Savard admet que la Commission n’a pas considéré le SPUL pas plus que les autres syndicats et les Ressources humaines. « Cela étant dit, je suis tout à fait d’accord que nos propositions touchent les conventions collectives des divers syndicats et les Ressources humaines », admet-il.

    Deux Doyens vont clore les échanges de vue sur le dépôt de l’Avis de la Commission des études : le professeur Robert Beauregard (Foresterie, géographie et géomatique) et le professeur Gilles Routhier (Théologie et sciences religieuses). Robert Beauregard reconnaît que la question des ressources humaines doit être abordée « avec le plus grand sérieux » en référant à l’intervention du professeur Marc-André Sirard. Gilles Routhier salue la production du rapport « qui fait certainement avancer la réflexion  en la matière ». Il affirme que « l’expérience de l’interdisciplinarité que nous avons à l’Université Laval est encore plus riche que l’inventaire que vous avez pu en faire. » À son avis, il va falloir aller plus loin « puisque vous dites que c’est un enjeu d’avenir ». Référant au chapitre 4 du document, il appuie fortement l’idée d’accroître les moyens financiers et les autres moyens pour développer l’interdisciplinarité tout en évitant de créer de nouvelles structures administratives.

    La discussion a pris fin faisant place pour la deuxième année au huis clos en raison de l’étude du projet du budget 2016-2017.

                                                                                                                     Jacques Rivet, cc

     

                                                                                                               


    Portrait d’un enseignant architecte

    « Enseigner, c’est une façon d’aller au-delà du bureau » – Le professeur Jacques Plante

    Jacques Plante, professeur à l’École d’architecture.

     

    La tâche d’enseignement qu’il a toujours eu le souci d’intégrer à ses activités de professionnel, Jacques Plante, professeur à l’École d’architecture, y a rencontré la création en étant stimulé par ses étudiants et étudiantes qui ont su défier son imagination. Ont-ils été l’occasion de lui permettre de renouveler son action professionnelle ? Sans aucun doute. Mais enseigner pour lui, c’est surtout une responsabilité qui lui permet de réfléchir et « une façon d’aller au-delà du bureau », insiste-t-il. Rencontré récemment dans le but de recueillir son témoignage sur son expérience d’enseignant universitaire en relation avec ses travaux d’architecte, Plante s’exprime avec passion et grande clarté sur le sujet.

    « Dans un bureau, le temps d’explorer différentes solutions est compté. Il faut certes chercher mais vitement trouver », explique-t-il. Alors que l’enseignement nourrit son imaginaire en l’incitant à mettre du sens esthétique et symbolique dans les projets de bâtiments qu’il conçoit. « J’ai développé ma créativité en enseignant et en travaillant au niveau des idées », avoue-t-il. Si ses étudiants et étudiantes y sont pour quelque chose dans sa démarche créatrice, il faut aussi reconnaitre que les multiples lectures qu’il fait des magazines spécialisés l’inspire tout autant que les nombreux voyages qu’il entreprend. À ce propos, « il faut faire par soi-même l’expérience des lieux et des espaces; voir comment, par exemple, les gens semblent bien vivre ou non  dans ces lieux et observer comment ils se les approprient », estime-t-il.

    Jacques Plante fait beaucoup de « recherche-création » dans le prolongement naturel de son enseignement en architecture. Il propose souvent à ses étudiants et étudiantes de réaliser des projets hypothétiques de salles de spectacle. « Ces projets ne sont pas toujours aboutis, constate-t-il, mais ils contiennent à coup sûr des idées fort intéressantes. » Car ce qui le captive au plus au point, c’est la dynamique des idées. En somme, c’est l’approche conceptuelle qu’il privilégie lorsqu’il entreprend de concevoir un projet pour un concours d’architecture. Il n’est donc pas surprenant qu’il la prône avec insistance auprès de ses étudiants et étudiantes. Et d’en donner un exemple au moment où un architecte doit se qualifier pour un concours : « On lui dit pour ce projet-là, à quoi penseriez-vous ? En fait, on lui demande de décrire son approche conceptuelle ; donc de parler de ses idées sans avoir fait le projet. Mais il faut qu’il le réalise dans sa tête pour être en mesure de dire quelle sera son approche, par exemple en utilisant la lumière de manière à créer des espaces qui autrement n’existeraient pas. »

    Des concours, il en a gagné plusieurs après avoir obtenu le contrat pour La Caserne Dalhousie de Robert Lepage dont il reçoit en 1997 le prix spécial de la Commission d’urbanisme et de conservation de la Ville de Québec ainsi que le prix du public. « J’ai une pratique professionnelle de concours, reconnait-il, et c’est à cette occasion que la réflexion sur l’idée prend toute son importance. » Comment gagne-t-il autant de concours, six sur quinze ces dernières années ? Il répond candidement : « Je les gagne avec les deux pages dans lesquelles j’écris mes idées. » Peut-être fait-il preuve autant d’audace que d’imagination dans les compétitions architecturales. Mais ce n’est pas d’hier qu’il se comporte ainsi. En 1979, il obtient son baccalauréat en architecture de l’Université Laval. Puis il décroche une importante bourse canadienne d’étude à la suite d’une admission au réputé  programme de maitrise en architecture du MIT. Boursier, sans doute heureux et audacieux, il va rencontrer l’homme d’affaires Marcel Dutil qui est président, propriétaire de l’entreprise où il travaille comme jeune architecte. Plante a une faveur à lui demander. Marcel Dutil, président de Treco International de Saint-Romuald va payer son loyer d’appartement à Cambridge (MA) pendant les deux années de ses études supérieures. « Je lui dois beaucoup et je lui ai dédié ma thèse de maitrise », reconnait-il.

    Le professeur Jacques Plante a dirigé la publication de trois ouvrages majeurs en architecture, « Architectures du spectacle au Québec » en 2011, « Architectures de la connaissance au Québec » en 2013 et « Architectures d’exposition au Québec » en 2016 aux éditions Les Publications du Québec. À son avis, l’architecture, contrairement aux autres arts comme la peinture, la musique, est une oeuvre de commande. « Je ne dessine pas une maison chez-moi pour dessiner une maison si quelqu’un ne me demande pas de concevoir une maison », dit-il. Il en est arrivé après 35 ans d’expérience professionnelle à la conclusion que l’architecte ne peut pas être meilleur que son client. « Si tu ne partages pas les mêmes valeurs que ton client, tu ne pourras pas le satisfaire », ajoute-t-il. L’architecte Jacques Plante essaie de développer une signature qui sera identitaire pour le client. « Pas une signature pour moi-même », affirme-t-il vigoureusement.

    Arrivez-vous à transmettre votre passion à vos étudiants et étudiantes ? « Je suis un professeur très exigeant. Plusieurs ne m’aiment pas au début. Mais ils découvrent souvent leurs possibilités grâce à ma rigueur pédagogique », constate-t-il. Récemment en Europe, lors de concours internationaux en architecture, deux groupes de ses étudiants et étudiantes ont gagné de prestigieux premiers prix. – JR