SPUL - Syndicat des professeurs et professeures de l'Université Laval

Lettre d’appui pour la libération de la professeure Homa Hoodfar de l’université de Concordia 5080

SPUL

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Pavillon Alphonse-Desjardins
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Université Laval
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Le 26 juin 2016 

Son Excellence Ayatollah Ali Khamenei
Guide suprême de la République islamique d’Iran
Aux soins de Son Excellence M. Gholamali Khoshroo
Représentant permanent de la République islamique d’Iran aux Nations Unies
622 Troisième avenue, 34e étage
New York, NY 10017, USA
Courriel : iran@un.int
Télécopieur : +1 (212) 867-7086 

Votre Excellence, 

Nous vous écrivons aujourd’hui au nom des signataires de la présente, qui sont les Associations des professeurs d’universités canadiennes, pour exprimer notre vive inquiétude à la suite de l’arrestation et de la détention, par les autorités iraniennes, de la professeure Homa Hoodfar, professeure émérite d’anthropologie à l’Université Concordia, à Montréal, au Canada.  Depuis le début de mars 2016, cette dernière a été interrogée à maintes reprises et accusée de travailler contre la République islamique d’Iran, une allégation pour laquelle aucune preuve n’a été présentée. Elle est maintenant injustement détenue à la prison d’Evin et nous nous inquiétons beaucoup des conditions de sa détention, de même que de sa santé tant physique que mentale.

Notre mandat, à titre d’associations de professeurs d’université, est de promouvoir les intérêts professionnels et collégiaux de tous nos membres. Nous nous engageons ainsi à assurer la liberté d’expression universitaire de nos membres et des chercheurs de partout dans le monde. Nous considérons l’incarcération de Mme Hoodfar comme une violation directe de sa liberté universitaire.

Homa Hoodfar est une anthropologue reconnue, spécialisée dans les grands dossiers entourant le genre et la famille au Moyen-Orient. Elle s’est rendue en Iran plus tôt cette année pour visiter sa famille et en a profité pour faire de la recherche historique et archivistique. Au début du mois de mars, tout juste avant la date prévue de son retour, les autorités iraniennes sont entrées dans son appartement et ont saisi son ordinateur personnel, son téléphone, ses passeports et d’autres articles. On lui a interdit de quitter l’Iran et elle a été interrogée par l’unité de contrespionnage des Gardiens de la révolution islamique iranienne à de multiples reprises et ce, sans la présence de son avocat. Le but de ces interrogatoires semblait être de la relier, de façon inappropriée, à des activités dirigées contre l’État.

Le lundi 6 juin, Mme Hoodfar a été emmenée pour subir un autre interrogatoire, à la suite duquel elle a été arrêtée. Elle est depuis lors incarcérée à la prison d’Evin. Ni son avocat ni sa famille n’ont réussi à obtenir la permission de lui rendre visite. Elle a subi un léger accident vasculaire cérébral l’an dernier et depuis lors souffre d’une rare condition neurologique, la myasthénie grave, qui l’oblige à être sous étroite surveillance médicale et à prendre des médicaments. Sa famille n’a pas, non plus, obtenu confirmation qu’elle avait pu recevoir ses médicaments. Nous sommes très troublés de la façon dont Mme Hoodfar a été traitée, et nous nous inquiétons beaucoup pour sa santé chancelante.

La professeure Hoodfar enseigne au département de sociologie et d’anthropologie de l’Université Concordia depuis 1991. Sa recherche, sur des sujets comme le développement humain, la santé publique, les réfugiés, le droit de la famille, les droits liés à la procréation, et le genre dans les politiques électorales, a reçu beaucoup d’attention et jouit d’une excellente réputation pour sa grande rigueur et son approche équilibrée. De plus, Mme Hoodfar écrit dans un style très accessible, ce qui contribue au rayonnement de ses écrits et à leur traduction dans plusieurs langues, y compris le persan. Malheureusement, sa recherche est maintenant incorrectement liée à des intentions séditieuses par les autorités iraniennes qui utilisent l’accessibilité de sa recherche et son affiliation à l’organisme Femmes sous lois musulmanes (WLUML) pour justifier son arrestation.

L’arrestation de la professeure Hoodfar, et les interrogations qu’elle a subies, sont des violations des obligations de l’Iran  dans le cadre de sa constitution. Par exemple, l’article 154 de la constitution indique que : « La République islamique d’Iran a pour idéal le bonheur des personnes à l’étendue de la société et considère l’atteinte de l’indépendance, de la liberté et de la règle de justice et de vérité comme étant le droit de tous les peuples de la terre. » (notre traduction). De plus, le traitement de Mme Hoodfar est une violation du droit de chacun à la liberté de pensée, d’opinion et d’expression, droits qui sont explicitement protégés par le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (articles 18, 19 et 21) dont la République islamique d’Iran est signataire. Nous invitons par conséquent le gouvernement de la République islamique d’Iran à respecter les dispositions de sa constitution et ses engagements dans le cadre des pactes internationaux selon lesquels la professeure Hoodfar ne devrait être ni détenue ni empêchée de quitter le pays. Compte tenu de sa santé fragile et de ce qui semble être une arrestation motivée par des intérêts politiques, nous vous exhortons respectueusement à la libérer immédiatement et sans condition, et à laisser tomber toutes les accusations pouvant peser sur elle.

Nous vous remercions de l’attention que vous voudrez bien porter à la présente, et vous prions d’agréer l’expression de notre plus haute considération.